« Réseau Et Réflexion »

J’ai écrit cette micro-nouvelle dans le cadre d’un concours Short-Edition « RATP les 40 ans du RER »

woman-2789937_1920

Labyrinthe de nos joies, circuits de nos sens ou encore théâtre de nos instants volés, nous sommes bien aux Halles. Parmi ces couloirs de couleurs variées, de vitrines illuminées, de sorties cachées, vous me trouverez sur le quai du RER A en direction de ma prochaine vie. Je déteins sur les briques immaculées, mes larmes reflètent la lumière blafarde des néons, mes mains dans les poches, j’attends le prochain train. Plus que quatre minutes…

Rails éclairés de nos pensées les plus profondes, sièges accueillant les plus usés d’entre nous, le quai s’emplit de jeunes aux écouteurs plantés dans les oreilles, de moins jeunes avec des attachés-case ou des sacs à main serrés contre la poitrine. Châtelet-les Halles attire les plus timides et les plus courageux des voyageurs. Plus que trois minutes…

Ca vibre dans mon sac… Mais cette voix omniprésente rappelle de mettre nos sens en alerte. Pourtant je prends cet objet indispensable à une vie qui s’approche à grandes roues. Je me laisse bercer par les trois mots qui glissent sous mon doigt : « Je t’attends ». Le prochain arrêt est pour moi. Plus que deux minutes…

Le panneau semble figer nos impressions, un premier train s’arrête et ses portes s’ouvrent face à moi. L’envie de quitter les lieux est irrépressible, mais ses visages inconnus qui se mêlent comme des grains de sable me rappellent que ce train n’est pas le mien. Il repart sans connaître mes pensées secrètes. Plus qu’une minute…

Je me sèche les larmes, reprends un semblant de sourire, remonte la poitrine. Les lieux se sont chargés d’électricité des impatients, de vibrations des hauts-parleurs. Le regard jaune de mon train se montre au loin, les roues qui glissent sur les barres de fer se chargent de compléter la symphonie ambiante. Les portes s’ouvrent, le sable des visages défilent de nouveau devant moi, je le laisse glisser le long du quai et monte enfin dans l’océan de pensées intimes. Au prochain arrêt, je vivrai à nouveau.

Le 9 décembre prochain, cette station de RER et moi-même auront 40 ans, et le même cœur : Paris. Je ne serai plus dans ses artères d’ici une heure, puisque le prochain arrêt est mon nouveau départ, vers le sud. Lyon m’attend. Je laisse derrière moi un défunt mari mort lors des attentats du RER B le 25 juillet 1995, des vies volées au Bataclan le 13 novembre 2015, dont mes enfants venus assister au concert de leur idole. Seule, j’ai décidé que cet arrêt serait le dernier et que je n’emmènerai avec moi que mes pensées les plus intimes. Pardonne-moi Paris, cette année nous ne fêterons pas notre anniversaire ensemble. Je te laisse un dernier souvenir, en mémoire de nos presque 40 ans passés ensemble : mon sourire le plus lumineux car devant moi tu ouvres les portes du bonheur. Merci de m’avoir fait vibrer toutes ces années. Il est temps de nous dire « au revoir », les portes sonnent déjà. Bon voyage mon vieil ami.

N’hésitez pas à me laisser un commentaire pour me donner votre avis ou à me suivre dans les méandres de mes lectures et écritures.
TOUS DROITS RÉSERVÉS : Nulle partie de cette publication ne saurait être reproduite, transmise de quelque manière que ce soit, électronique ou physique, incluant la photocopie, l’enregistrement ou tout moyen de stockage ou de transformation numérique sans l’avis signé de l’auteur.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s