« Folie(s) – 18 textes échappés de l’asile » des Artistes Fous Associés – Les Editions des Artistes Fous – 3ème partie

Rappel : 3 chroniques autour de ce recueil

« Les Fous ont la parole !

Folie joyeuse, tragique, douce ou furieuse, folie visionnaire, délirante, compulsive, criminelle ou simplement géniale… Mais aussi : folie qui ouvre sur un autre monde, qui efface les limites de la réalité. Entre engloutissement et hypothétique guérison.Dans cette troisième anthologie des Artistes Fous Associés, 18 écrivains de tous horizons vous initieront aux arcanes de nos déraisons les plus secrètes. Pour ne plus jamais dire : “Je suis sain d’esprit”. »

Anthologie dirigée par : Paul Demoulin, Matthieu Fluxe, Ludovic Klein, Vincent Leclercq et Sébastien Parisot.

Folies

Treizième découverte : « La maman de Martin » de Morgane Caussarieu, illustré par Venom et Nelly Chadour

« Morgane Caussarieu, auteure du roman fantastique Dans les Veines (Éditions Mnémos, 2012), nous présente ici une maman fantasque et son bébé anormal… Elle dissèque avec subtilité les relations mère/enfant, et nous en montre la monstruosité cachée.« 

13. la maman de Martin

Dès les premiers paragraphes, on plonge dans le désarroi d’un maman épuisée. Tellement épuisée qu’elle serait capable du pire ? Il faut dire que son fils est un prématuré et qu’il a du retard dans son développement. Elle n’a pas réussi à s’attacher à lui. Leur relation est complexe et ça se sent tout au long du récit.

Puis l’enfant grandit, il n’est plus cet « attardé ». Il a un esprit plus vif. On apprend qu’il a été adopté et que sa mère est une personne égoïste et hypocondriaque.

On suit le petit garçon dans son enfance, avec des migraines persistantes et une mère dépressive, qui est capable de l’oublier dans un placard sans eau ni nourriture.

Désormais on voit à travers les yeux de Martin. Cet amour pour sa mère… Mais leur vie prenne un tournant après le divorce de ses parents. Le garçon a réussi à se débarrasser de ses migraines… et du compagnon de sa mère, puis du chien, puis…

Terrible histoire entre une mère adoptive et son enfant, entre un adopté, qui ne le sait pas, et cette maman qui l’aime tant, voire trop. Avec une écriture fluide, l’auteure nous plonge viscéralement dans la monstruosité de cette famille.

Quatorzième découverte : « Europe » de Pénéplope Labruyère, illustré par Deadstar

« Direction Europe, le satellite de Jupiter, pour ce récit de science-fiction dense, bruissant d’images inquiétantes. L’exploration de l’espace n’est-elle pas le prélude à d’autres et terrifiantes pathologies mentales ? Par Pénélope Labruyère, écrivaine et éditrice des Éditions de la Madolière.« 

14. Europe

D’abord le porte-parole de la NASA s’exprime devant les journalistes. On apprend que, depuis 3 jours, le contact a été rompu avec l’équipage d’un vaisseau spatial en train de visiter un satellite naturel de Jupiter, Europe. Les seules nouvelles viennent des journaux personnels de l’équipage, ce qui nous plonge au sein du module.

Une secousse a lieu sur le satellite. Les perceptions de 2 astronautes en est modifié durant quelques secondes. Puis l’exobiologiste découvre une eau équivalent à l’eau de mer, si ce n’est le taux de carbone, bien trop élevé. Les secousses recommencent plusieurs fois, l’équipage continue les prélèvements malgré les difficultés rencontrées (hallucinations, relations compliquées…). Ils ont mis 7 ans à arriver sur Europe et voulaient honorer leur mission. Après une tempête solaire qui secoue les deux équipages, JIMO 1 et JIMO 2 sont irradiés. Sur le chemin de retour pour la terre, ils doivent encore tenir 7 ans.

L’histoire part d’une réelle mission spatiale qui a finalement été abandonnée car jugée trop coûteuse. Le récit est bien ficelé et crédible, malgré des incohérences. Le rythme est soutenu, le nombre de personnages semble correct et certaines scènes peuvent gêner (érotique ou horreur). La fin manque de consistance, des questions restent sans réponses, et ça m’a dérangé. Toutefois, ça reste une nouvelle captivante, on s’attache aux équipages qui sont isolés, loin de la terre, et dont les relations dans un tel microcosme sont mis à rude épreuve.

Quinzième découverte : « Sanguines » d’Adam Roy, illustré par Fred Wullsch

« Quand les hommes ne seront plus… La lune deviendra sanglante. Soyez happés par un monde monstrueux, impitoyable, profondément tragique et âpre. Adam Roy inscrit ce texte dans la continuité de ses précédentes collaborations, Canicule (anthologie Fin(s) du Monde) et Pluviôse (anthologie Sales Bêtes !), avec la même tonalité poisseuse et intense.« 

15. Sanguines

Un monde sans hommes donc sans moyen de reproduction. L’humanité s’éteint… et avec elle toutes les femmes. Mais quand l’une d’entre elles tombent enceinte, on cherche le mâle. Et quand toutes ces femelles lui tombent dessus, elles n’ont même pas le temps d’en profiter, tellement obnubilée par leur désir individuel. Elles étaient trop nombreuses. Mais il reste le bébé : une fille ou un garçon ?

Ce n’est pas une nouvelle féministe, on n’y défend pas le droit ou l’égalité des femmes. C’est un récit défaitiste où une femme assoiffée de pouvoir et les autres assoiffées de survie par la maternité, règnent sur une terre à la lune sanglante. Leur égoïsme les laisse dans une forme de folie.

Seizième découverte : « Transfert » de Julien Heylbroeck

« Après La Bête noire (Sales Bêtes !), nous retrouvons Julien Heylbroeck avec ce petit dialogue entre docteur et patient, qui déraille lentement mais sûrement.« 

Nouvelle très courte. Je me suis demandé qui était le médecin et le patient, s’ils n’avaient pas inversé leurs rôles… pour finalement parler des robots. En fait je me suis perdue dans leur folie,alors on dire que l’auteur a gagné son pari !

Dix-septième découverte : « Les soupirs du voyeur » de Corvis, illustré par Margaux Coste et Corvis (« avec l’aimable participation des modèles ; Jeanne Dessart et Yann Lasserre« )

« Corvis (auteur du remarqué La Fin d’un Monde de notre première anthologie) s’interroge ici : l’obscénité et la pornographie, poussées à incandescence, ne peuvent-elles pas toucher aux plus intimes racines de l’être et provoquer dépersonnalisation et folie furieuse ? Un récit expérimental, jusqu’au-boutiste, sans concession, mené par une écriture hallucinée, compacte, frontale. Déconseillé aux âmes sensibles et aux adultes non accompagnés.« 

17. les soupirs du voyeur

Ca promet des scène hot ! Et c’est bien le cas. Le récit est parfois trop long…

On suit le mal-être d’un jeune homme de 28 ans qui a toujours été impuissant mais dont les nuits sont bien remplies de rêves lubriques d’abord. Puis de nuits en nuits, un pervers sexuel prend forme.

Le texte est fluide et se lit facilement. Le personnage est tout de même attachant, on est frustré pour lui. Les scènes sont bien décrites, on n’est pas dans le glauque. Dommage que la fin se devine, et que le lien entre l’impuissant et le pervers devienne trop évident.

Dix-huitième découverte : « Le décalage » de Ludovic Klein, illustré par Kinglizard

« Pour ce dernier récit, Ludovic Klein (auteur des Maîtres ne vinrent plus et du Deuxième événement sur le précédent recueil, Sales Bêtes !) questionne l’après. Après la folie, après les médicaments, après l’Hôpital Psychiatrique. Que peut-on reconstruire de soi ? Comment retrouver son unité perdue ? Le décalage ou le récit déchirant d’une guérison impossible.« 

18. le décalage

Après 3 ans en hôpital psychiatrique, le protagoniste se rend à une soirée où il va retrouver les anciens de sa promotion. Il n’est pas du tout à l’aise, essaie de se glisser dans la « normalité ». Mais au milieu de la soirée il part.

Plus tard, il erre en vélo et s’arrête dans un zoo. A la rencontre des animaux, comparés à des résidents de maison de retraite résignés à vivre là, il rencontre un orang-outan qui vient de perdre sa compagne. Le livre d’or partage des mots d’enfants qui « s’amusaient » à regarder ce couple. Le protagoniste ne comprend pas ce qu’il y a d’amusant à observer les animaux.  Comme quoi on voit ce qu’on veut bien voir, mais ce n’est pas ce qu’on est réellement.

Texte dynamique mais pourtant trop long. On ne se laisse pas émouvoir par cet homme qui est en mode errance émotionnelle.

Conclusion :

A la fin de l’anthologie, on trouve une présentation des auteurs et des illustrateurs.

Ce recueil m’a beaucoup plu. On visite et revisite la folie mais ne vous laissez pas prendre pour fou ! Vous l’êtes déjà, comme nous tous ! En tout cas, Les artistes fous associés ont piqué ma curiosité. Ils ont d’autres ouvrages à partager avec vous, gratuits en ebook pour certains.

Découvrez la présentation des auteurs et illustrateurs à la fin de l’ouvrage.

Retrouvez la 1ère partie ici et la 2ème ici

Pour en savoir plus : Les Artistes Fous   artistes fous associés skin

N’hésitez pas à me laisser un commentaire pour me donner votre avis sur cet article ou à me suivre dans les méandres de mes lectures.

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